Traversée du nord de l’Australie en 4×4 – Partie 1 : Cairns – Darwin

Traversée du nord de l’Australie en 4×4 – Partie 1 : Cairns – Darwin

Le Northern Territory et le « Far North » Queensland sont des états bucoliques qui collent tout à fait à l’image du pays. Ces grands espaces, où la terre rouge aride s’étend à perte de vue, ont marqué à jamais nos mémoires. Sortie de nulle part après 400 kilomètres de poussière, une oasis se dessine au milieu du désert. La végétation tropicale luxuriante vient contraster le paysage lunaire. Les eaux turquoise des rivières sont à température idéale pour se rafraîchir des 44°C qu’affiche le thermomètre. Souvent ignorée des touristes, la traversée entre Cairns et Broome recèle de trésors. Cet article retrace la première partie de notre itinéraire entre Cairns et Darwin. On vous emmène avec nous découvrir l’Outback du nord de l’Australie.

Les paysages sont à couper le souffle. Cette partie de l’état continent est encore très préservée. Ici les multinationales de fast-food ou autres cafés affiliés à Monsanto sont remplacés par des petites enseignes indépendantes. On ne va pas se mentir, elles sont parfois un peu miteuses. Le comptoir en zinc collant fait partie intégrante de leur charme. Regroupant les fonctions de station service, supérette, motel et bar/café, elles sont le centre névralgique de la vie sociale de ces lieux reculés. Wallabies au bord d'une rivière

La Savannah Way – Piste 4×4 dans le désert

En suivant la route principale goudronnée entre Cairns et Broome, il n’y a pas grand-chose d’intéressant à faire. Quelques arrêts dans la dernière moitié permettent de se dégourdir les jambes et se détendre dans des gorges, mais il s’agit de destinations très populaires. Les 4000 kilomètres doivent de ce fait être longs et fastidieux. Par contre, avoir un 4×4 permet de s’enfoncer dans les terres et de sortir des sentiers battus. Le nord de l’Australie est très propice à l’exploration, c’est le paradis des aventuriers. Si vous avez lu notre article sur comment acheter une voiture en Australie, vous aurez dégoté un véhicule aussi robuste que le notre et ne risquez aucun problème majeur !

La Savannah Way est faite à 75% de pistes, dont l’état peut être un véritable cauchemar pour les amortisseurs. Mais elles donnent accès à des parcs nationaux splendides et garantissent une expérience inoubliable. Il nous a fallu une quinzaine de jours pour rejoindre Darwin. Les seuls touristes internationaux rencontrés à cette occasion étaient Brunelle et Guillaume, un couple de Français avec qui nous avons partagé un bout de chemin. Par contre, cette route mythique est très chère aux yeux des Australiens. Fidèles à eux-mêmes, ils étaient toujours là pour nous aider en cas de pépin.

Carte de la Savannah Way entre Cairns et Broome en passant par Darwin

Carte de la Savannah Way (en bleu) pour retracer notre périple.

De Cairns à Karumba

Avant de s’engager dans la traversée du désert, un dernier passage par la côte est de rigueur. La petite ville portuaire de Karumba, située dans le Golf de Carpentarie, est un excellent arrêt pour faire le plein d’iode. Il s’agit d’une destination phare pour les autochtones et les campings sont souvent remplis à ras bord. Cela n’enlève étonnamment rien au charme de la station balnéaire. Les environs offrent une biodiversité extrêmement riche, combinant mangrove et arbustes natifs. Le biotope idéal des wallabies et kangourous, mais aussi des crocodiles, omniprésents sous ces latitudes.Soleil couchant sur la plage de Karumba, Nord de l'Australie

En redescendant vers le Sud et mettant progressivement le cap vers l’ouest, la sécheresse se fait ressentir. Nous quittons définitivement la route goudronnée pour démarrer une portion de 1000 km de gravel road. La progression est lente, les ondulations de la piste font penser que l’on roule sur de la tôle. Le secret est de ne pas avancer à moins de 60-70 km/h. La vitesse et l’inertie de la roue en mouvement permettent de « flotter » sans passer dans les creux de la route. Une vitesse trop lente fait vraiment souffrir les suspensions et amortisseurs. Une conduite technique qui nécessite un peu d’adaptation.

Gregory Downs et Lawn Hill National Park

C’est le cœur du nord de l’Australie. Loin de l’autoroute, après plusieurs centaines de kilomètres sans voir un bâtiment ou âme qui vive, nous trouvons un petit spot de camping sauvage. La rivière est magnifique et le bain est fortement apprécié. Le soir venu, une dizaine de wallabies vient se rafraîchir. Leur curiosité les pousse à s’approcher, mais au moindre mouvement ils détalent. Leur menace principale n’est pas à prendre à la légère, les crocodiles sont à l’affût en permanence et ne leur laisse que peu de répit.

Le parc national de Lawn Hill, aussi appelé Boodjamilla (nom original en langue aborigène) est considéré comme une des perles rares du pays. Principalement parce qu’il n’est que peu diffusé dans les guides touristiques et que ses gorges rouge vif sont spectaculaires. Il est possible de louer des canoës pour les explorer, et on ne s’est pas privé. Canoe dans le parc national de Lawn Hill.

Pas trop mal comme cadre hein ?

Entrée dans le Northern Territory

La traversée du parc national nous a permis de recharger les batteries avant de nous réengager sur la piste. La section à venir est réputée pour être la plus mauvaise en termes de qualité de route. Et c’était justifié. Seulement 50km de parcourus et nous voilà en train de changer un pneu.

C’est assez angoissant de se dire que la prochaine station-service est à 300km et qu’il va falloir ne pas crever à nouveau. Heureusement, nous avons atteint la destination sans encombre, et avant la fermeture. Les stations services/pubs/motel du nord de l’Australie disposent toutes d’un large stock de pneus, dont la qualité varie entre neuf et très usagé. Mais dans des zones aussi reculées, c’est nécessaire et cela rend service à plus d’un. Ce lieu dit est appelé « Hells Gate« , autrement dit, les portes de l’Enfer. Ni Ania, ni moi, ne sommes superstitieux pour deux sous, mais ce nom a pris tout son sens dans la soirée.

En passant par l’Enfer

Après une bière fraîche le temps que le mécano change notre pneu explosé, nous nous remettions en route. L’objectif étant de camper un peu après la frontière entre le Queensland et le Northern Territory. À seulement une trentaine de kilomètres du but, tous les voyants du Patrol se sont allumés et la voiture a calé. Je l’ai redémarrée dans l’espoir d’un simple faux contact, mais après 200m le problème a réitéré. 150 km nous séparaient des deux stations-service les plus proches. Nous avons garé le véhicule sur le côté de la piste tant bien que mal.

J’ai jeté un œil au moteur, mais il faisait déjà nuit. Inutile d’aspirer avoir du réseau téléphone, cela faisait 4 jours que nous n’avions plus de signal. Les appels désespérés dans la radio UHF ne donnaient rien. Nous étions seuls, au milieu de nulle part. 

photo d'un ciel étoilé du Nord de l'Australie

Les ciels étoilés typiques du nord de l’Australie sont là pour vous faire relativiser dans ce genre de moments.

Toutefois, une lueur d’espoir se dessinait. Mon GPS fonctionnant hors connexion montrait la présence d’une ferme à seulement 1 km de là. Connaissant l’hospitalité des locaux, nous sommes allés toquer pour chercher de l’aide. Le fermier, adorable, nous promettait de nous aider. Il commença par me donner un filtre à essence neuf parce qu’il pensait que cela pouvait être l’origine du problème.

Vous avez dit espoir ?

Après une nuit de sommeil pas vraiment tranquille, je changeais le filtre. La voiture démarre, mais s’arrête de nouveau après 500m. S’en suit une longue période d’attente. Vers 10h, les voitures commençaient à défiler. Absolument tous les Australiens se sont arrêtés pour aider comme ils pouvaient. Un moment unique de solidarité qui redonne un peu foi en l’humanité.

Un père de famille ayant le même modèle de 4×4 que nous m’aide à bricoler une réparation de fortune et nous repartions. Il propose de nous escorter jusqu’à la prochaine ville et de rester en contact radio permanent. Nous n’oublierons jamais ce moment. Les problèmes de la voiture persistent, elle cale à chaque baisse de régime. Pas pratique lorsqu’il faut traverser 12 rivières ! Mais la progression continue et nos nouveaux amis nous remontent le moral. Piste 4x4 dans le désert du Nord de l'Australie.

Fin de la piste

Un petit peu avant d’arriver à la bourgade de Borroloola, nos amis Brunelle et Guillaume nous ont rattrapés. Ils prenaient le relais de la famille qui nous accompagnait. C’était bon de revoir des visages connus et de ne pas se sentir seuls. Nous atteignons cette ville étape, mais il n’y avait pas grand-chose qui puisse nous aider. Pas de garage, juste une petite supérette et le retour d’un peu de bitume pour relaxer les mécanismes du 4×4 soumis à rude épreuve.

Katherine, piscines naturelles et retour à la civilisation

Katherine est la première grande ville retrouvée depuis le départ. Parcs nationaux aux gorges magnifiques foisonnent dans la région. Des piscines naturelles issues de sources comblent les visiteurs car comme dans toute la moitié nord de l’Australie, la chaleur y est étouffante.

Retrouver une alimentation à peu près normale ne faisait pas de mal. Revenir à la civilisation après une dizaine de jours sans couverture réseau est toujours un phénomène particulier. Mais nous n’avions pas une seconde à perdre et devions débuter la tournée infernale des garages. Nous avions prévu un trek sur 5 jours dans le parc national de Nitmiluk, mais n’étions pas sur de pouvoir y assister. La priorité étant portée sur notre domicile mobile. Et malheureusement, aucune des enseignes de la ville ne pouvait -voulait- régler notre problème. Il nous fallut pousser jusqu’à Darwin. Gorge dans les Kimberley le long de la Gibb River Road

Darwin et ses alentours

Malgré son rôle de capitale du Territoire du Nord, Darwin est une ville tropicale charmante et calme. Elle est construite sur un littoral sauvage et l’atmosphère y est paisible. Les problèmes mécaniques du 4×4 nous ont contraints de rester une semaine. Au final c’était un problème dans le carburateur, probablement lié à l’essence de mauvaise qualité des zones reculées visitées précédemment. Les réservoirs des stations ne sont pas nettoyés très souvent. Mais le principal était qu’il n’y avait pas de dégâts et que nous pouvions reprendre la route. En commençant par le parc national de Litchfield, ses cascades et termitières géantes.

Dans le prochain article, vous aurez droit à la fin du périple dans le nord de l’Australie. Vous pourrez y découvrir la région des Kimberley, la mythique Gibb River Road et la ville de Broome. Ces lieux figurent parmi nos gros coups de cœur et nous les recommandons chaleureusement à tous les amateurs de grands espaces sauvages.

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