Le bilan carbone du voyageur et son impact sur l’environnement

Le bilan carbone du voyageur et son impact sur l’environnement

Seulement 3 % de la population mondiale effectue un séjour à l’international au moins une fois par an. Il s’agit clairement d’un privilège, auquel je m’estime extrêmement chanceux de pouvoir prétendre. Il est en effet très facile pour nous autres occidentaux d’aller découvrir un autre pays. Mais avec une biodiversité en chute libre, des records de températures battus chaque année et les glaciers qui reculent sans cesse, je me pose souvent la question. Le voyage est-il un danger ? Mon mode de vie est-il égoïste ?

Compte tenu de la situation du monde aujourd’hui, je ne dois pas être le seul à y penser. À l’heure où beaucoup font la course au plus grand nombre de pays visités en un temps record pour quelques like de plus, le monde s’effondre. Entre le réchauffement climatique, la pollution de tous les écosystèmes et l’ambiance géopolotique, il y a de quoi se faire du souci pour nous autres les routards. Surtout quand on sait que les rejets de gaz à effet de serre provenant du tourisme sont en perpétuelle augmentation. Estimé autour des 8 %, son impact est donc non négligeable. De ce fait, le paramètre conscience personnelle entre en jeu. 

Est-ce vraiment raisonnable de sillonner les routes du globe ?

Certains vous diront que non. Ils vous diront aussi que si vous voulez sauver la planète, vous devez rester « chez vous » et ne plus rien faire. Dans les faits, ils ont probablement raison. Mais est-ce vraiment utile de mentionner que l’impact 0 n’existe pas ? Tous nos moindres faits et gestes ajoutent leur pierre à l’édifice du chaos climatique à venir. Et en tournant le problème dans tous les sens, seule l’option d’une vie en autarcie dans une forêt reculée apparaît amener l’impact au plus bas.

Je répondrais que cela dépend de son mode de vie et qu’il est tout à fait possible de voyager avec un bilan carbone inférieur à la moyenne. Les habitudes de consommation durable y sont tout à fait transposables. Encore faut-il le vouloir. Cela fera l’objet d’un article complémentaire, revenons à nos moutons.Tortue observée en snorkelling lors d'un voyage en Australie à Exmouth

Des impacts différents

Au risque de tomber dans les stéréotypes faciles, il ne faut pas se voiler la face : il existe plusieurs types de voyageurs. Et au sein des 180 millions de touristes, tous n’ont pas le même impact, loin de là.

Le bilan carbone de la personne qui va faire trois mois de retraite spirituelle dans un temple en Inde n’a rien à voir avec celui du touriste qui va faire du jet-ski à Bali pendant 2 semaines. Les deux prennent l’avion pour une longue distance, certes. Mais l’aviation mondiale, ce sont « seulement » 2 % des émissions de CO2. Cela inclut le transport de marchandises, les vols militaires et bien entendu, les particuliers. Ce qui signifie que les actes quotidiens dans le voyage occupent une plus grande place dans l’empreinte carbone que le déplacement aérien.

Ce n’est évidemment pas une raison pour le prendre 5 fois par an. Mais j’avoue que cela m’enlève un peu une épine du pied. Pratiquant le « slow-travel », nous nous contentons de le prendre le moins possible.

Voyager en faisant fonctionner les commerces locaux et dépensant son argent de manière raisonnée joue un rôle crucial. Cela permet à la fois de réduire son empreinte carbone en ne sollicitant pas des multinationales peu regardantes sur leur impact environnemental. Et cela apporte aussi de meilleures conditions de vie à ceux qui en ont vraiment besoin. À l’opposée, le tourisme de masse contribue chaque année un peu plus à la perte de biodiversité, la disparité des richesses et la progression du continent de plastique qui ravage les océans.

Mesurer son empreinte

Il existe de nombreux outils pour calculer son bilan carbone. Je me suis prêté au jeu. Ayant vécu dans notre véhicule 80 % du temps depuis notre départ nous permet de limiter la casse. Le fait de ne pas avoir de chauffage, l’utilisation d’un panneau solaire pour l’électricité et une consommation d’eau très limitée rééquilibrent la balance. Mais il se dégage des choses très intéressantes. Notamment que l’alimentation représente à elle seule des émissions deux fois plus grandes que l’objectif mondial de 2t par personne et par an. Pourtant, on ne mange pas énormément de viande. On n’achète pas non plus de fruits et légumes qui ont fait le tour du monde en cargo. Sans surprise, les nombreux kilomètres parcourus avec notre 4×4 durant la partie du voyage en Australie pèsent très lourd dans la balance. Et vous, elle dit quoi votre emprunte carbone ?

Bilan carbone de 2 ans de voyage

 

Le voyage, un luxe pour égoïstes ?

Les chiffres mentionnés dans l’introduction parlent d’eux même. En tant que citoyens de pays riches, nous disposons d’un niveau de vie aux conditions exceptionnelles. Pour preuve, on utilise de l’eau potable pour nous laver ou pire, dans nos toilettes. Un concept bien étrange pour les habitants des nombreux pays où la ressource est aussi précieuse que de l’or. Critère qui dit en passant, est sujet à l’intensification avec le réchauffement climatique.

Suis-je égoïste de continuer à voyager en sachant pertinemment que cela n’est pas le mode de vie idéal pour limiter drastiquement mon impact sur la planète ? Oui. C’est indéniable. Mais le bonheur n’est-il pas plus important ? C’est là que se situe ma ligne rouge, celle que certains sont prêts à franchir pour faire passer les générations futures en priorité. Me contraindre à passer ma vie entière au même endroit et limiter mes activités pour compenser les dégâts de la culture du profit m’est impossible. Surtout si les pratiques des industriels ne changent pas. Le mode de vie que je mène actuellement me permet de me sentir pleinement épanoui. Je ne suis pas disposé au classique CDI 9-5, emprunt sur 30 ans, enfants, retraite. 

Est-il en danger ?

Je pense que l’on peut aujourd’hui affirmer que sur le long terme, le voyage est en danger. Il n’y a probablement rien à craindre pour les 10 ou 15 années à venir. Mais sur une échelle de temps plus grande, il me paraît difficilement envisageable de pouvoir continuer à vivre ainsi. Ne serait-ce pas mineur comparé à tout ce qui nous attend par la suite ?

Les prévisions climatiques sont catastrophiques, alarmantes et effrayantes. Les scientifiques sonnent l’alarme depuis déjà plusieurs décennies. Mais notre égoïsme commun prend le pas sur le désir de changement. Les effets se font déjà ressentir et en suivant cette trajectoire ils pourraient commencer à poser de gros problèmes dès 2050. Si les modèles sont avérés, les conséquences seront bien au-delà de ce que la majorité des gens imagine. Des pays entiers risquent de devenir inhabitables, entraînant des flux migratoires astronomiques. Sauf que les pays riches sont déjà saturés, les gens y sont entassés les uns sur les autres dans les grandes villes. Un avenir sombre en somme, sur lequel je préfère lâchement détourner le regard.Radonnée en Tasmanie

L’isolation en pleine nature pendant quelques jours apporte souvent des réponses

Alors, pourquoi continuer le voyage ?

Si comme nous, la vie de sédentaire n’est pas faite pour vous, il va falloir réfléchir. Trouver des moyens de poursuivre ce mode de vie nomade en limitant au mieux les rejets de CO2.

Je pense très sincèrement que la vie est trop courte pour, arrivé en bout de course, regarder en arrière et avoir des regrets. Si demain je rentrais en France pour mener une existence « normale », je ne serais pas heureux. Comment je le sais ? Tout simplement parce que j’ai essayé. Et depuis que j’ai embarqué pour ce voyage, il n’y a pas un jour où je ne me dis pas que c’était la meilleure décision de ma vie.

Au risque d’en décevoir certains, je préfère la consacrer à faire ce qui me rend heureux plutôt que la vouer à une cause que je considère perdue d’avance. La bataille infernale contre les lobbys, industriels et politiques est impossible à gagner. Je sais, si tout le monde pense comme moi, on n’est pas sorti de l’auberge. Mais pourquoi irais-je sacrifier 40 ans juste pour avoir bonne conscience ? Tenez-vous compte de votre bilan carbone lorsque vous voyagez ?

Je vous laisse me donner votre avis en commentaire.

 

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